Conversation · Papotage et fluidité

Comment ne pas être ennuyeux en conversation

Mis à jour le 3 novembre 20269 min de lectureSources vérifiées

Être ennuyeux tient rarement à ta vie, et presque toujours à la façon dont tu la racontes : des mots qui résument, comme « dingue » ou « trop bien », qui ne donnent rien à imaginer, et tout un préambule avant le moment. Remplace le résumé par un ou deux détails concrets : un objet, un chiffre, un son. Ouvre au cœur du moment, ajoute une phrase de contexte après, et arrête-toi sur la phrase qui porte l’émotion.

Pourquoi mes histoires tombent à plat ?

En général, à l’un de deux endroits.

Ton voisin, qui ratisse les feuilles dans le jardin d’à côté, te demande comment s’est passé le voyage au Grand Canyon. Tu réponds : « Oh, c’était génial. Franchement, trop beau, un peu dingue. Vraiment bien. » Il dit « Cool » et retourne à son râteau. Génial, dingue, intense, trop bien : ce sont des résumés. Ils disent aux gens quoi ressentir sans rien leur donner à voir, et sur ce qu’on ne voit pas, on ne peut rien demander.

Ou tu fais l’inverse et tu commences par le commencement : « Alors, on est partis jeudi, non, vendredi, parce que ma sœur travaillait, et son mari a conduit la première partie, et on s’est arrêtés à Albuquerque… » Il y a peut-être une bonne histoire là-dedans, mais elle est encore au Nouveau-Mexique, et ton voisin a ratissé la moitié de son jardin.

La version courte de la même chose, c’est « Bien », « Pas grand-chose », « C’était sympa » : un résumé dont on a retiré l’histoire. Se retenir donne l’impression d’être agréable, et c’est une erreur de lecture. Dans une série d’études, les gens prévoyaient qu’ils plairaient davantage en parlant moins de la moitié du temps avec un inconnu, mais quand les chercheurs leur ont fait occuper entre 30 et 70 % d’une conversation, plus ils parlaient, plus ils plaisaient (Hirschi, Wilson et Gilbert, 2022). Tu n’as pas à monopoliser la parole. Mets juste une chose dans ta réponse courte : « Bien. J’ai enfin réussi à fermer le tiroir à côté de la cuisinière. »

Comment raconter une histoire que les gens ont vraiment envie d’entendre ?

Donne-leur un ou deux détails concrets : un objet, un chiffre, un son. Pas les plus exacts, ceux qui portent l’émotion. Nomme d’abord l’émotion, pour toi : un rire, l’angoisse, le soulagement. Puis demande-toi quelle chose la portait.

L’émotion de l’histoire du canyon, c’était un rire, et ce qui la portait était tout petit : « On a roulé onze heures, et ma nièce a regardé le Grand Canyon pendant environ quatre secondes avant de demander s’il y avait un gaufrier au motel. » Maintenant, ton voisin peut le voir, et il a quelque chose à demander.

Ton instinct tire dans l’autre sens. Dans une étude en laboratoire, les personnes qui racontaient une histoire pour divertir y mettaient plus d’émotion et moins de détails sensoriels que celles qui la racontaient fidèlement (Dudukovic, Marsh et Tversky, 2004). C’est justement quand tu essaies d’être intéressant que le « c’était de la folie » s’invite. Remplace chaque adjectif par la chose qui te l’a fait employer : « flippant » devient « le voyant d’essence allumé, à soixante kilomètres de la ville suivante ».

Là où ça coince :

  • Cinq détails au lieu de deux. Deux, c’est une image ; cinq, c’est un inventaire. Les autres serviront de réponses si on te pose la question.
  • Un détail qui va contre l’émotion. Dans l’histoire d’une frayeur, le truc le plus drôle de la soirée en fait une autre histoire. Garde-le pour une autre fois.
  • Décrire ce qu’ils connaissent déjà. S’ils connaissent l’endroit aussi bien que toi, saute l’endroit et donne-leur le moment : ce que tu avais dans les mains, ce que tu as entendu.
  • Inventer. Si tu n’es pas sûr, dis-le tel que tu t’en souviens : « une berline bleue, je crois ». Un « je crois » honnête leur donne quand même une image ; un détail inventé devient le souvenir.

Par où commencer une histoire ?

Au cœur du moment. Ta première phrase est déjà dans la partie dont parle l’histoire : la nièce et le gaufrier. Pas le jour, la météo, comment tu es arrivé là ni qui est qui.

Ne garde que ce sans quoi l’histoire ne se comprend pas, et dis-le en une phrase après la première, pas avant : « On avait roulé onze heures pour ça. » Le reste, on te le demandera, et ces questions-là sont faciles :

  • « Attends, elle a quel âge ? » Réponds en quelques mots, « sept ans », et continue. On t’a demandé un fait, pas de tout reprendre.
  • « Attends, qui ça ? » Quand quelqu’un de nouveau entre dans l’histoire, une phrase suffit pour se le représenter : « le mari de ma sœur, celui qui refuse d’utiliser le GPS ». Son métier et sa ville natale ne font que retarder le meilleur.

Tu ne sais pas où est le moment ? Demande-toi ce que tu dirais si tu n’avais qu’une phrase, et ouvre avec ça. Raconte dans l’ordre seulement quand c’est l’ordre qui compte : un médecin ou un assureur qui te demande ce qui s’est passé, ou quelqu’un qui a besoin de l’itinéraire.

Une mise en situation à essayer

Près des boîtes aux lettres, dans le hall de ton immeuble, Marisol, ta voisine du dessous, te demande ce qui s’est passé samedi soir : elle a entendu ton détecteur de fumée à travers le plafond. Dans l’ordre, ça s’est passé comme ça : tu recevais six personnes à dîner, tu as essayé pour la première fois de faire griller du saumon au four, la cuisine s’est remplie de fumée, et le mari d’une collègue, l’invité le plus grand, est monté sur une chaise pour éventer le détecteur avec une planche à découper. Que dis-tu ?

Voici une façon de s’y prendre

« Le mari d’une collègue était debout sur une chaise de ma cuisine, en train d’éventer le détecteur de fumée avec une planche à découper. J’avais voulu faire griller du saumon pour six. »

Pourquoi ça marche

  • La première phrase est déjà au cœur du moment. L’invitation et la recette peuvent attendre.
  • Le contexte tient en une phrase, après la première, parce que la fumée n’a aucun sens sans le saumon.
  • Une planche à découper et un homme sur une chaise, elle peut les voir. « C’était la catastrophe » ne lui aurait rien donné à demander.

Dans l’appli, la leçon « Commence près de la fin » se termine par une mise en situation comme celle-ci : tu écris ou tu dis ta propre réponse, et l’IA te dit ce qui a marché et ce qu’il faut changer.

Et si ma vie n’est pas si intéressante ?

Pas besoin d’un canyon. La plupart des bonnes histoires autour d’une table de cuisine sont de petits moments d’une journée ordinaire, avec un seul détail dedans : « La caisse automatique a appelé à l’aide trois fois pendant que j’achetais un citron vert. » Tout le monde s’est déjà retrouvé devant cette machine, et c’est justement pour ça que ça marche.

Dans une série d’expériences, ceux qui racontaient comme ceux qui écoutaient prévoyaient que les auditeurs aimeraient davantage entendre parler d’expériences nouvelles pour eux. En réalité, les auditeurs aimaient bien plus entendre parler d’expériences qu’ils avaient eux-mêmes vécues, parce que la parole est pleine de trous, et qu’une histoire familière laisse l’auditeur les combler avec sa propre vie (Cooney, Gilbert et Wilson, 2017). Les auteurs soulignent aussi que les histoires d’expériences nouvelles sont plus difficiles à raconter qu’on ne le croit. Un grand voyage raconté avec des mots qui résument perd donc deux fois : l’auditeur ne peut pas combler les trous, et tu n’y as rien mis.

Où les trouver : ce que tu as raconté par message à un ami cette semaine, le moment où quelque chose ne s’est pas passé comme prévu, la phrase d’un inconnu que tu as répétée chez toi.

Comment terminer une histoire sans s’éterniser ?

Arrête-toi sur la phrase qui porte l’émotion. Pour le canyon : « Onze heures de voiture, et c’est le gaufrier qui a eu la meilleure critique. » Dis-la, et arrête-toi. Puis passe la parole : une pause, ou une question légère sur l’histoire, « Ça t’est déjà arrivé de faire une longue route pour un truc qui a fait flop ? »

La version ennuyeuse continue après le rire : le motel, le trajet du retour, ce que tu emporterais la prochaine fois. Chaque phrase en plus reprend un peu du rire.

Une histoire se raconte à deux. Quand des gens racontaient à un inconnu une fois où ils l’avaient échappé belle, les grimaces et les exclamations de l’auditeur suivaient ce que disait le conteur, et quand les chercheurs distrayaient les auditeurs, les conteurs racontaient nettement moins bien, surtout au moment qui aurait dû être la chute dramatique (Bavelas, Coates et Johnson, 2000). Celui qui t’écoute fait la moitié de l’histoire, et c’est à la fin que ça se voit le plus.

Après la dernière phrase, résiste à deux tentations :

  • Combler le silence. Un court silence, c’est qu’ils digèrent. Si personne ne parle, pose ta question ; n’ajoute pas le trajet du retour.
  • Surenchérir sur leur histoire. Si l’autre te répond avec sa propre histoire, écoute-la jusqu’au bout, même le passage un peu lent. « Oh, ça me rappelle… » transforme un moment partagé en tableau des scores.

Essaie dès aujourd’hui

Deux exercices, avec les gens à qui tu parles aujourd’hui.

  • Dans la prochaine histoire que tu racontes, remplace un mot qui résume par la chose qu’il y a derrière : un objet, un chiffre ou un son. Ensuite, note sur quoi on t’a posé des questions.
  • Dans une histoire aujourd’hui, ouvre au cœur du moment, avec une phrase de contexte au maximum. Arrête-toi sur la phrase qui déclenche le rire ou le hochement de tête, pose une question dessus, et écoute la réponse jusqu’au bout.

Entraîne-toi dans l’appli

Art du récit

C’est exactement le sujet de trois leçons, « Le détail qui fait toute la différence », « Commence près de la fin » et « Conclus, puis passe la parole » : les un ou deux détails concrets qui font voir le moment, la première phrase qui commence en plein dedans, et la dernière, sur laquelle tu t’arrêtes avant de passer la parole. Chacune se termine par une mise en situation à laquelle tu réponds avec tes propres mots, et par une phrase à placer le jour même. Le quiz construit d’abord ton parcours ; ton premier cours est gratuit, commentaires de l’IA compris.

Pour un premier abonnement, les 7 premiers jours de la formule annuelle sont gratuits. L’abonnement se renouvelle automatiquement jusqu’à ce que tu l’annules dans les réglages de l’App Store ou de Google Play.

Questions fréquentes

Est-ce que je suis ennuyeux en conversation ?
Vérifie la mécanique, pas ta personne. Dans ta dernière histoire, un mot d’émotion occupait-il la place d’un détail ? La première minute est-elle partie dans la journée et le trajet ? As-tu continué après le rire ? Chacune de ces habitudes se corrige. Si on t’a posé une question en retour, ou si on t’a répondu par une histoire, tu n’étais pas ennuyeux.
Comment les gens charismatiques rendent-ils une conversation ordinaire intéressante ?
Surtout en choisissant. Ils racontent une petite chose de leur journée avec le seul détail qui l’a rendue drôle ou bizarre, commencent là où ça devient bon, et s’arrêtent quand ça fait mouche. On dirait un talent ; c’est surtout ce qu’ils laissent de côté.
Est-ce impoli de commencer une histoire par le milieu ?
Non. Ça te paraît brusque à toi, pas aux autres : commencer au cœur du moment, c’est l’accroche. La politesse, c’est de faire court et de répondre en quelques mots à chaque « attends, qui ça ? ». Si quelqu’un te demande le début, donne-le en deux phrases et continue.

Sources vérifiées

  1. Hirschi, Q., Wilson, T. D., & Gilbert, D. T. (2022). Speak up! Mistaken beliefs about how much to talk in conversations. Personality and Social Psychology Bulletin. doi:10.1177/01461672221104927
  2. Dudukovic, N. M., Marsh, E. J., & Tversky, B. (2004). Telling a story or telling it straight: the effects of entertaining versus accurate retellings on memory. Applied Cognitive Psychology. doi:10.1002/acp.953
  3. Cooney, G., Gilbert, D. T., & Wilson, T. D. (2017). The novelty penalty: why do people like talking about new experiences but hearing about old ones? Psychological Science. doi:10.1177/0956797616685870
  4. Bavelas, J. B., Coates, L., & Johnson, T. (2000). Listeners as co-narrators. Journal of Personality and Social Psychology. doi:10.1037/0022-3514.79.6.941

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