Conversation · Papotage et fluidité
Comment engager la conversation avec n’importe qui
Pour engager la conversation avec n’importe qui, dis une phrase simple sur quelque chose que vous voyez ou faites tous les deux, et termine par une question à laquelle on répond facilement. Oublie le trait d’esprit et tout ce qui touche à l’apparence de l’autre. Choisis quelqu’un qui a les yeux levés et pas d’écouteurs. Si tu es nouveau, dis-le une fois au lieu de bluffer. Si l’autre répond d’un seul mot, ajoute une phrase légère et laisse-le tranquille.
Comment aborder un inconnu ?
Porte 14, et le vol du retour a une heure de retard. L’homme sur le siège d’à côté n’a pas d’écouteurs et regarde la pluie sur la vitre. Dans ta tête, tu essaies trois phrases d’accroche : une blague sur la compagnie, une meilleure blague, un trait d’esprit sur la pluie. Aucune ne te semble assez bonne, alors tu ne dis rien. Puis on appelle ton groupe d’embarquement, et l’heure est passée.
La phrase qu’il te fallait était déjà sous tes yeux. Dis une chose simple sur ce que vous voyez ou faites tous les deux : l’attente, l’endroit, la météo, la file où vous êtes. Termine par une question qui ne demande aucune réflexion : « C’est le troisième nouvel horaire sur le tableau. Ils ont dit quelque chose au comptoir ? »
La plupart des gens se taisent pour la même raison : une prévision. Chez des navetteurs londoniens, ceux à qui on avait demandé de parler à un inconnu dans le train ont trouvé leur trajet plus agréable que ceux à qui on avait demandé de rester dans leur coin, et pourtant les navetteurs prévoyaient qu’essayer d’engager la conversation serait moins agréable que de l’avoir vraiment, parce qu’ils s’attendaient à ce que l’autre ne soit pas intéressé (Schroeder, Lyons et Epley, 2022). L’appréhension porte sur la première phrase, pas sur la conversation.
Faut-il une phrase d’accroche brillante ?
Non, et la phrase brillante te coûte en général plus qu’elle ne rapporte. Une phrase trop travaillée sonne préparée : l’autre doit d’abord comprendre ce qu’elle veut dire avant de pouvoir répondre, et sa première supposition, c’est que tu as une idée derrière la tête. Une phrase simple ne demande qu’une réponse.
Trois erreurs fréquentes :
- Parler de la personne. « Vous avez l’air épuisé » fait d’elle le sujet avant qu’elle ait choisi de parler, et « Jolie veste », la version plus gentille, aussi. Reste sur ce que vous partagez : « La file a avancé un peu depuis que vous êtes là ? »
- La blague gardée en réserve. Une phrase écrite pendant que tu attendais est préparée, et une pique, c’est une phrase préparée déguisée : « Laissez-moi deviner, c’est à cause de vous qu’on est en retard ? » doit être décodée avant qu’on puisse y répondre.
- La grande question. « Alors, parlez-moi de vous » demande un discours à un inconnu.
Comment savoir si quelqu’un a envie de parler ?
Regarde avant de parler. Des écouteurs, un téléphone à l’oreille, le dos tourné à la pièce, les yeux rivés sur un écran ou une démarche pressée : tout ça veut dire « pas maintenant », alors laisse cette personne tranquille. Quelqu’un de disponible, c’est l’inverse : les yeux levés, immobile, rien dans les oreilles. Calme et immobile, c’est juste calme, pas un non, et une phrase est permise.
Les moments les plus faciles sont les moments lents, partout où deux personnes sont coincées quelques minutes sans rien à faire : une attente, un retard, une file. Quelqu’un qui fait une course est attendu ailleurs.
Une mise en situation à essayer
Six heures du matin, à un festival de montgolfières, le long de la barrière qui borde l’aire de décollage. Les équipes étalent la première enveloppe sur l’herbe mouillée. À côté de toi, Arlene tient un thermos à deux mains, sans écouteurs, les yeux sur la même équipe. Rien n’a encore décollé. Que dis-tu ?
Voici une façon de s’y prendre
« Pas chaud, ce matin, pour attendre debout. Vous savez lequel décolle en premier ? »
Pourquoi ça marche
- Ta phrase porte sur ce que vous vivez tous les deux, le froid et le terrain, pas sur elle ou son thermos.
- Elle a l’air disponible, les yeux levés et rien dans les oreilles, et elle peut répondre à la question sans réfléchir, même par « Aucune idée ».
- Dire non ne lui coûte rien : si elle répond d’un mot et continue de regarder, tu ajoutes une phrase légère, « J’espère que ça valait le réveil aux aurores », et tu la laisses regarder.
Dans l’appli, la leçon « Commence par ce que tu as sous les yeux » se termine par une mise en situation comme celle-ci : tu écris ou tu dis ta propre réponse, et l’IA te dit ce qui a marché et ce qu’il faut changer.
Existe-t-il une phrase d’accroche passe-partout ?
Il n’y a pas de phrase unique qui marche partout, et tu n’en as pas besoin : chaque endroit t’en offre une nouvelle. La forme reste la même, la chose partagée et une question facile :
- Dans la file à la poste : « C’est toujours comme ça à midi, ou tout le monde a eu la même idée ? »
- En déneigeant l’allée, à côté du voisin deux maisons plus loin : « Lourde, la neige, cette fois. Ils ont dit s’il allait en retomber ce soir ? »
- À une soirée de bénévoles à la banque alimentaire, avec badges, où le badge fait la moitié du travail : « Salut, Duane. Tu sais si on trie ou si on emballe, ce soir ? »
- Ton premier jour, deux nouveaux qui attendent leur ordinateur au service informatique : « On t’a donné une heure, à toi aussi, ou juste “bientôt” ? »
Aussi petites soient-elles, elles comptent. Dans un échantillon national représentatif de plus de 3 000 personnes en Turquie, ceux qui avaient des conversations avec des inconnus et des connaissances, et même ceux qui se contentaient de saluer et de remercier des connaissances, avaient tendance à être plus satisfaits de leur vie (Ascigil et al., 2023).
Et si tu es nouveau et que tout le monde a l’air de connaître la musique ?
Premier matin de convocation comme juré : deux cents personnes, un formulaire sur une planchette, une vidéo que personne ne regarde. Tu remplis le formulaire comme si tu avais fait ça une douzaine de fois, et tu te lèves quand un groupe se lève, sauf que ce n’était pas le bon groupe.
Le bluff paraît plus sûr, et il te coûte la phrase d’accroche la plus facile de la salle. Dis plutôt la petite vérité : un fait sur ta situation, dit une seule fois, avec au plus une petite demande. À la personne sur la chaise d’à côté : « C’est ma première convocation comme juré. Ils nous appellent par notre nom ou par un numéro ? » Le fait explique la question et lui offre une porte d’entrée facile : « Par numéro, et ils le marmonnent. Je vous donnerai un coup de coude. »
Et les gens disent oui plus souvent que tu ne le crois. Dans une série d’études, les participants sous-estimaient, parfois de moitié, la probabilité que les autres acceptent une demande d’aide directe (Flynn et Lake, 2008).
Garde-la petite :
- Un fait, pas un verdict. « Je suis nul pour ces trucs » oblige l’autre à te contredire ou à être d’accord. « Je n’ai jamais fait ça » ne demande qu’une réponse.
- Une fois. Si l’autre répond « Ah, d’accord » et retourne à la vidéo, parle de la salle, et ne reviens pas sur toi.
- La situation, pas ta vie. Un licenciement ou la raison de ta nervosité, c’est pour les gens qui te connaissent déjà, et une faiblesse inventée pour paraître abordable n’a sa place nulle part.
Et si l’autre répond d’un seul mot ?
Tu dis : « Lourde, la neige, cette fois », et ton voisin répond « Ouais », déjà retourné vers son allée. Un mot, c’est une réponse, pas un verdict. Dis encore une phrase légère, chaleureuse et facile, et laisse-le tranquille : « Bon, j’espère que c’est la dernière de l’hiver. » Dite d’un ton plat, elle sonne comme une plainte.
Une réponse courte avec un sourire n’est pas un non ; certains ont besoin d’une phrase pour se dégeler. Les écouteurs qui reviennent sur les oreilles, ou les yeux qui retournent au téléphone, c’est un non. Après deux réponses d’un seul mot, arrête-toi. N’essaie pas tout de suite une meilleure phrase, comme si « Ouais » était un test raté. Et si l’autre te pose une question en retour, c’est un oui : réponds et continue, c’est la partie qu’explique le guide pour relancer une conversation.
Tu auras l’impression que ce « Ouais » est de ta faute. Les gens jugent leurs compétences en conversation plus faibles que leurs compétences dans d’autres activités du quotidien, et ils s’attribuent les moments creux d’une conversation plus qu’ils ne les attribuent à l’autre (Welker et al., 2023). Ton voisin a peut-être juste froid.
Essaie dès aujourd’hui
Deux exercices, avec des inconnus que tu ne reverras sans doute jamais.
- La prochaine fois qu’un inconnu et toi êtes coincés dans la même attente, choisis quelqu’un qui ne montre aucun signe « pas maintenant » et dis une phrase simple sur ce que vous partagez, qui finit par une question facile. Ensuite, note ce que tu as eu : une vraie réponse, une question en retour, ou un seul mot.
- Une fois aujourd’hui, devant une machine, un formulaire ou un menu dont tu ne sais vraiment pas te servir, dis la petite vérité à la personne la plus proche : « C’est la première fois que j’utilise ce truc. C’est quel bouton pour démarrer ? » Puis remarque ce qui revient.
Entraîne-toi dans l’appli
Briser la glace
C’est exactement le sujet de deux leçons, « Commence par ce que tu as sous les yeux » et « Dis la petite vérité » : la première phrase toute simple sur ce que vous voyez tous les deux, avec les signes qui veulent dire « laisse-le tranquille », et le petit fait honnête qui vaut mieux que de jouer les habitués. Chacune se termine par une mise en situation à laquelle tu réponds avec tes propres mots, et par une phrase à placer le jour même. Le quiz construit d’abord ton parcours ; ton premier cours est gratuit, commentaires de l’IA compris.
Pour un premier abonnement, les 7 premiers jours de la formule annuelle sont gratuits. L’abonnement se renouvelle automatiquement jusqu’à ce que tu l’annules dans les réglages de l’App Store ou de Google Play.
Questions fréquentes
C’est bizarre de parler à un inconnu, non ?
Comment font les gens qui parlent si facilement aux inconnus ?
Et si rien ne me vient ?
Sources vérifiées
- Schroeder, J., Lyons, D., & Epley, N. (2022). Hello, stranger? Pleasant conversations are preceded by concerns about starting one. Journal of Experimental Psychology: General. doi:10.1037/xge0001118
- Ascigil, E., Gunaydin, G., Selcuk, E., Sandstrom, G. M., & Aydin, E. (2023). Minimal social interactions and life satisfaction: the role of greeting, thanking, and conversing. Social Psychological and Personality Science. doi:10.1177/19485506231209793
- Flynn, F. J., & Lake, V. K. B. (2008). If you need help, just ask: underestimating compliance with direct requests for help. Journal of Personality and Social Psychology. doi:10.1037/0022-3514.95.1.128
- Welker, C., Walker, J., Boothby, E., & Gilovich, T. (2023). Pessimistic assessments of ability in informal conversation. Journal of Applied Social Psychology. doi:10.1111/jasp.12957